Légendes et créatures bretonnes

Des contes transmis de génération en génération évoquent des créatures fantastiques et des esprits malicieux, peuplant les landes, les forêts et les rivages. Dans cet article, nous vous invitons à plonger dans l’univers fascinant des légendes bretonnes.

L’Ankou ; la Faucheuse bretonne

On le compare souvent à La Mort ou La Faucheuse, lorsqu’on ne le connaît pas bien, mais l’Ankou n’est pas une représentation de la mort, il travaille pour elle : il est un oberour ar maro (l’ouvrier de la mort). Le dernier mort de l’année, dans chaque pays traditionnel de Bretagne, devient l’Ankou de ce pays pour l’année suivante.

L’Ankou a donc plusieurs apparences, on dépeint l’Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d’un large feutre ; tantôt sous la forme d’un squelette drapé d’un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu’une girouette autour de sa tige de fer, afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’œil toute la région qu’il a mission de parcourir. L’Ankou n’est pas forcément un homme, il peut être une femme, un vieillard ou même un enfant. On craint d’ailleurs particulièrement quand l’Ankou est un enfant car celui-ci prendra alors de nombreuses vies pendant son année de service.

Dans l’un et l’autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu’elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l’Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche ; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant.

L’Ankou se sert d’un ossement humain pour aiguiser sa faux.

Quelquefois il en fait redresser le fer par les forgerons qui, sous prétexte d’ouvrage pressé, ne craignent pas de tenir leur feu allumé, le samedi soir, après minuit.

Mais le forgeron qui a travaillé pour l’Ankou ne travaille plus ensuite pour personne.

Il existe de nombreuses croyances autour de l’Ankou, l’une d’entre elles est que lorsqu’une maison vient d’être construite, le premier être vivant qui mettra un pied à l’intérieur sera prit par l’Ankou. Il faut donc sacrifier un animal ou faire entrer un animal dans la maison avant soi. Une légende témoigne de cette croyance :

Fulupic an Toër, un couvreur en chaume, de Plouzélambre, achevait un soir de couvrir une maison neuve qu’un petit fermier de la commune avait fait bâtir dans le dessein de venir l’habiter à la Saint-Michel suivante.
Son travail fini, Fulupic descendit de son échelle et l’enleva pour la serrer à l’intérieur de la maison, avec ses autres outils, ainsi qu’il en avait coutume chaque soir au moment de regagner son logis. Mais, quand il ouvrit la porte à cet effet, il fut tout étonné d’apercevoir une ombre debout dans le couloir qui séparait la cuisine de la pièce de décharge.
-Piou zo azé ? (Qui est là ?) demanda-t’il, non sans un petit froid dans le dos, car il était certain que, de toute la journée, pas un être vivant ne s’était montré dans les alentours.
L’ombre ne bougea ni ne répondit. Alors il répéta sa question :
-Piou zo azé ?
Même silence de la part de l’inconnu.
-Sacré Dié, se dit Fulupic, voici un personnage qui ne semble pas désireux de lier conversation. Il ne doit cependant pas s’être introduit pour voler, car, puisqu’il n’y a que le toit et les murs, je ne vois pas ce qu’il pourrait emporter.

Je vais l’interpeller une troisième fois ; s’il persiste à faire le muet, tant pis, je lui enfonce mon échelle dans le ventre : ça lui ouvrira peut-être la bouche, du même coup.
Et Fulupic de recommencer pour la troisième fois :
-Piou zo azé ?
Et cette fois fut, en effet, la bonne, car l’homme mystérieux releva la tête qu’il avait jusqu’alors tenue obstinémént baissée sur la poitrine, et, d’une voix caverneuse, il prononça :
-Da vestr ha mestr an holl, pa teuz c’hoant da glewed (Ton maître est le maître de tous, puisque tu désires le savoir).
La curiosité de Fulupic était plus que satisfaite. Dans le visage de l’homme, la place des yeux et celle du nez étaient vides, et la mâchoire inférieure pendait. Le couvreur ne se soucia pas d’avoir d’autres explications. Il planta là son échelle et se sauva de toute la vitesse de ses jambes : il avait reconnu l’Ankou.

Les Kannerezed-Noz

Aussi appelées en français les Lavandières de Nuit, cette croyance se retrouve un peut partout en Europe, particulièrement dans les pays de tradition celtique comme l’Irlande ou l’Ecosse. Il n’est donc pas étonnant de retrouver des croyances similaires en Bretagne.

Dans presque chaque bourgs par lesquels on peut passer en Bretagne, on peut retrouver un ancien lavoir, plus ou moins proche des habitations. Si ces endroits sont souvent vides en pleine journée, ce n’est pas le cas la nuit. On peut y faire la rencontre d’une ou de plusieurs femmes vêtues avec les habits du pays, lavant leur linge dans l’eau. Elles demanderont alors de l’aide à qui s’approchera un peu trop. Si la personne accepte, elle découvrira assez vite que les draps et l’eau sont gorgées de sang, les revenantes attrapent alors le malheureux et le tordent comme un linge, lui brisant les os. Le corps désarticulé et tordu sera retrouvé le lendemain matin flottant dans le lavoir.

Il ne faut cependant pas croire que de refuser de leur apporter de l’aide vous sauvera car le sort qui vous est réservé restera à peu près le même si elles vous attrapent…

Les légendes sont souvent associée à des pêchés liés à la religion catholique. Ainsi les lavandières de nuit sont souvent des âmes damnées, effectuant leur pénitence pour l’éternité sur terre ou un prétexte pour décourager les fidèles de s’aventurer dehors la nuit et de travailler lors d’une période de repos.

Selon George Sand, les lavandières de nuit sont des mères qui sont maudites pour avoir tué leurs enfants :

« Les véritables lavandières sont les âmes des mères infanticides. Elles battent et tordent incessamment quelque objet qui ressemble à du linge mouillé, mais qui, vu de près, n’est qu’un cadavre d’enfant. Chacune a le sien ou les siens, si elle a été plusieurs fois criminelle. Il faut se garder de les observer ou de les déranger ; car, eussiez-vous six pieds de haut et des muscles en proportion, elles vous saisiraient, vous battraient dans l’eau et vous tordraient ni plus ni moins qu’une paire de bas. »

L’Hoper-Noz

L’Hoper-Noz est une créature que l’on peut exclusivement rencontrer dans les landes de Breizh-Izel (Basse-Bretagne). Lorsqu’on se promène la nuit, on peut entendre des cris des « hou-hou » ou parfois des voix qui appellent à l’aide.

Le premier cris est toujours très lointain, si le promeneur décide de lui répondre, alors l’Hoper Noz fera un bond immense de plusieurs lieue, se rapprochant de moitié de la distance qui le séparait de sa victime. Il criera une seconde fois, et si on lui répond à nouveau, il fera également un bond le rapprochant de moitié de la distance qui vous sépare. A partir de ce moment-là, on peut l’appercevoir, une silhouette noire dans l’obscurité qui se tient à quelques mètres de vous. Il essayera à nouveau de bondir

Après deux réponses, l’Hoper-Noz se trouve dangereusement proche. Sa forme obscure se dessine dans la pénombre, prête à bondir une dernière fois. La légende ne précise pas ce qui arrive à ceux qui osent répondre une troisième fois

Il existe une version de l’Hoper-Noz spécifique aux plages de Cornouaille, on appelle celui-ci Iannic-an-ôd.

« si vous répondez une première fois, Iannic-ann-ôd franchit d’un bon la moitié de la distance qui le sépare de vous ; si vous répondez une deuxième fois, il franchit la moitié de cette moitié ; si vous répondez une troisième fois, il vous rompt le cou. »

Les Groagez ; les fées et sorcières bretonnes

Une groac’h (singulier de groagez) c’est à la fois une sorcière, une fée et une vieille en breton.

Cette créature vit souvent dans l’eau, les fontaines, les rivières.